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Ca se passe à côté de chez vous

mardi 18 décembre 2012, par Jean-Jacques BUIGNE président de la FPVA


Vendredi 14 décembre 2012 après-midi, j’allume la télévision pour regarder les dernières nouvelles sur une chaîne d’infos. Je tombe sur une émission spéciale en direct concernant une tuerie qui vient de se produire dans une école américaine.
Les journalistes sont mobilisés avec les correspondants de la chaîne aux USA tous sur le pont. La tragédie est toute récente, on apprend que c’est dans l’après-midi (matinée aux Etats-Unis avec le décalage horaire) qu’ont eu lieu les tragiques évènements. A cette heure, le bilan n’est pas définitif, même les médias américains ne sont pas encore certain du triste nombre de victimes.
On ne sait même pas à ce moment si on peut éliminer la piste des terroristes dans la liste des coupables éventuels.


Les mêmes images passées en boucle montrent des policiers américains entrant dans des bâtiments, les opérations de police ne sont pas terminées. On parle d’un parent d’élève qui se serait querellé auparavant avec le directeur de l’école, on parle d’un Glock et d’un Sig Sauer utilisés, mais si la journaliste connaît le Glock, un petit pistolet tirant beaucoup de coups (sic), elle ne sait pas ce qu’est un Sig Sauer, ni ses confrères masculins présents sur le plateau. Alors qu’on ne dispose pas d’informations supplémentaires, vient rapidement la question obligatoirement posée par les journalistes français de la remise en cause de la loi américaine sur la détention des armes. Ca y est, le président Obama, va changer la loi, c’est sûr, cela ne peut en être autrement si l’on écoute nos journalistes.

Passant sur une chaîne d’infos concurrente, je constate que là aussi une émission spéciale a été mise en place avec toujours le même manque d’informations et le leitmotiv sur le changement de la réglementation des armes aux Etats-Unis. A en croire l’importance donnée à l’évènement par les médias français, on peut penser que nous, Français, nous sommes en danger, que le monde est en danger, par cette législation des armes si permissive. On peut se demander, tout en déplorant bien évidemment la tragédie, pourquoi les chaînes françaises ont rapporté les faits de cette façon, à la manière de ceux du 11 septembre, qui avaient, eux, une dimension planétaire.

Tous les journaux télévisés ont été axés les jours suivants sur cet évènement, oubliant un moment la crise en France, le chômage, les fermetures d’entreprises françaises, les sans-abris, moins spectaculaires, il est vrai, pour les journalistes.
On nous avait déjà fait vivre les élections américaines, minute par minute et par le détail, il faut croire que l’Amérique est juteuse pour les chaînes d’infos ou que la France constitue le cinquante et unième état de cette nation dans l’esprit de nos journalistes. A noter qu’un accident de trains en Inde ou un crash d’avion en Russie ne mobilisent pas autant les médias français. Pendant ce temps, le mal est fait sur ce qu’il faut penser des armes à feu. Un détraqué américain fait un carnage avec une arme, il faut donc avoir peur des armes. Les Etats-Unis ont une législation différente issue de leur histoire et de leur culture particulières, le journaliste français se doit d’espérer qu’on la modifie.

Dans une émission d’infos du dimanche suivant, un écrivain américain invité, a vite refroidit les journalistes français. Selon lui, beaucoup d’américains ont une arme à la maison, beaucoup relativiseront l’évènement, il y aura une période d’émotion mais rien ne changera car l’arme est trop ancrée dans les traditions.
Pour le résumer rapidement, là-bas ce n’est ni plus ni moins important qu’un accident de bus scolaire chez nous. On interdit pas les bus sous nos cieux, on interdira pas les armes aux Etats-Unis, car ce sont des objets qui font partie de la vie courante américaine. Incompréhension de ses interlocuteurs français. Ceux-ci oublient que la décision de changer ou non cette législation appartient au peuple américain qui est libre de vivre comme il veut, avec les risques qu’il accepte.

Effectivement cela passe mal chez nos journalistes. Le comprendre ne veut pas dire partager cet état d’esprit qui est réservé à nos amis d’outre-Atlantique. Mais pourquoi juger ce qu’on ne comprend pas et de Paris donner des leçons ? Quel intérêt de faire peur en France, le traitement en direct d’un évènement est anxiogène, alors que notre législation est à l’opposé de celle des Etats-Unis. A faire croire que ce qui se passe en Amérique se passe en bas de chez vous, on rend suspect les possesseurs d’armes français auprès de leurs voisins en leur donnant une image de massacreur potentiel.
Bien évidemment, après de telles tragédies, apparaissent des articles dans les journaux pour se demander si de tels actes seraient possibles dans notre pays et s’il ne faudrait pas encore restreindre la possession d’armes en France comme pour exorciser les horribles évènements que l’on nous a fait vivre en direct. Alors encore une fois répétons le, la France n’est pas les Etats-Unis et les possesseurs d’armes ne sont pas de dangereux maniaques comme on veut d’ailleurs nous présenter tous les Américains lorsque l’un des leurs sombre dans la démence.
Loin de l’excitation des médias pour le sujet, il faut rappeler les propos de Benoît Hamon, ministre français, dans l’émission C politique du 16 décembre : "je suis heureux d’être dans un pays où l’on a une législation sur les armes extrêmement dure". Il serait bon que les journalistes français en soit définitivement conscients avant de faire un amalgame et de fantasmer sur ce qui se passe de l’autre côté de l’Atlantique.





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